Les Dérangés : cultiver une ferme, une famille et une communauté

  • Publié le 27 juill. 2026
  • Lecture : 3 minutes
Alexane Taillon-Thiffeault
Photo gracieuseté
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À Sainte-Adèle, il faut quitter les routes plus fréquentées pour découvrir un paysage qu’on ne s’attend pas à trouver. Là où les montagnes et les forêts dominent, des jardins maraîchers s’étendent entre les champs. C’est là que la ferme Les Dérangés cultive ses légumes, mais aussi une autre idée de l’agriculture.

En six saisons de production, Arielle Beaudin et Arthur Gagnon ont transformé un rêve de couple en une entreprise qui nourrit aujourd’hui près de 150 familles. Derrière cette réussite se cachent des années de défis et de persévérance. 

« Ça faisait longtemps qu’Arthur et moi avions des discussions sur nos valeurs, sur le futur qu’on voulait construire et sur le genre d’entreprise familiale qu’on rêvait d’avoir », raconte Arielle.

Pendant plusieurs années, le couple visite des dizaines de propriétés dans différentes municipalités. Chaque fois, ils prennent le temps de s’arrêter dans un café local pour sentir l’ambiance des lieux. Puis vient Sainte-Adèle. 

« On est tombés sous le charme. Il y avait une belle vie culturelle, quelque chose qui nous attirait vraiment. » 

Leur premier coup de cœur leur échappe toutefois au profit d’un autre acheteur. Un an plus tard, contre toute attente, le terrain revient sur le marché. Cette fois, ils ne laissent pas passer leur chance. Quelques démarches administratives plus tard, juste avant la pandémie, le projet prend son envol. 

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Faire pousser une ferme à partir de rien 

Lorsqu’ils repensent à leurs débuts, Arielle et Arthur sourient aujourd’hui devant le chemin parcouru. « On est passés de rien du tout à quelque chose d’assez établi », résume Arthur. 

En 2021, lors de leur première saison, ils sont les deux seuls employés de la ferme. La pandémie complique l’approvisionnement en matériel, notamment pour l’irrigation. 

Faute de pompe, ils remplissent des barils d’eau à l’aide d’un VTT jusqu’à un étang voisin. Les réveils sonnent à 23 h, 2 h puis 4 h du matin pour arroser les cultures à la fraîche. « Souvent, il fallait choisir entre arroser les légumes ou prendre notre douche », raconte Arielle en riant. 

Aujourd’hui, le contraste est frappant. La superficie des champs a triplé. Les tunnels de culture sont passés d’un à trois. Une nouvelle serre de pépinière s’est ajoutée. Les systèmes d’irrigation et de gestion du climat sont désormais automatisés. Quatre employés épaulent le couple, et le nombre d’abonnés est passé d’une quarantaine à près de 150. 

Les défis, eux, n’ont pas disparu. Ils ont simplement changé de visage. « On travaille avec du vivant. Il y a toujours une nouvelle réalité à laquelle il faut s’adapter. » 

Une ferme dans une ville de montagne 

Pourquoi s’installer à Sainte-Adèle, là où l’agriculture semble presque improbable? C’est précisément cette singularité qui a séduit le couple. « Les gens nous trouvaient un peu dérangés », lance Arielle en expliquant le nom de leur entreprise. 

Les Dérangés fait d’abord référence à leur désir de remettre en question certaines pratiques agricoles conventionnelles et de produire des aliments en accord avec leurs valeurs. Mais le nom évoque aussi leur choix de faire de l’agriculture dans un territoire montagneux, où peu de gens auraient osé se lancer. 

Pourtant, le site possède une histoire agricole méconnue. Jusqu’en 1956, une ferme laitière occupait ces terres. Les champs actuels sont d’anciens pâturages qui ont pu être remis en culture sans devoir défricher la forêt. « Des prairies comme celles-là, il n’y en a presque plus dans le paysage actuel de Sainte-Adèle. » 

Même aujourd’hui, le relief demeure un défi quotidien. Les champs ne sont pas parfaitement plats. Chaque aménagement doit composer avec la topographie naturelle des lieux. Mais cette réalité apporte aussi une biodiversité exceptionnelle que le couple tient à préserver. 

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Quand les légumes créent des liens 

 Au fil des années, les paniers hebdomadaires sont devenus plus qu’un simple mode de distribution. Ils sont un point de rencontre. 

Au départ, la clientèle était principalement composée d’amis et de proches. Le couple voulait tester son projet auprès de gens capables de leur offrir une rétroaction honnête. Puis, les familles de Sainte-Adèle ont commencé à découvrir la ferme. Aujourd’hui, plusieurs abonnés en sont à leur troisième ou quatrième saison. 

« Ce qui est vraiment gratifiant, c’est quand les gens nous écrivent en plein hiver pour nous dire qu’ils ont hâte de retrouver nos légumes, raconte Arielle. Certains nous disent que les tomates leur manquent et qu’ils comptent les semaines avant le début de la saison. » 

Cette fidélité confirme au couple qu’ils ont trouvé leur place dans la communauté. Au-delà des récoltes, Arielle aime particulièrement le rôle éducatif que joue la ferme. 

Chaque semaine, les paniers invitent les familles à cuisiner des légumes parfois méconnus. Les visites permettent aux enfants de découvrir comment poussent les tomates, les poivrons ou les concombres. 

« Beaucoup de gens ne savent même pas que le poivron vert et le poivron rouge proviennent du même plant. Le rouge est simplement arrivé à maturité. Ce sont des petites découvertes qui connectent les gens avec leur alimentation. » 

Les restaurateurs font aussi grandement partie de l’aventure. Plusieurs apprécient grandement leurs produits et aiment les faire découvrir à leur clientèle, sans avoir peur de nommer Les Dérangés. 

Grandir sans perdre son essence 

 Comme toute entreprise familiale, Les Dérangés évolue aussi au rythme de la vie personnelle de ses propriétaires. Entre les récoltes, les jeunes enfants et les longues journées de travail, l’équilibre se construit un peu chaque saison. 

L’arrivée de leur deuxième enfant, alors que la ferme continuait de grandir, a forcé le couple à revoir son organisation. « On finit toujours par trouver des solutions. Il faut simplement changer la formule. » 

Pour les prochaines années, Arielle souhaite ralentir le rythme des grands projets. 

Après une croissance soutenue, l’objectif est maintenant d’optimiser ce qui existe déjà, tout en développant tranquillement de nouveaux partenariats avec des commerces et des restaurants de la région. Un petit projet d’hébergement en cabanes vient aussi compléter l’expérience offerte sur la propriété. 

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