Jacques Lemaire connaît le lac Labelle depuis 65 ans

Jacques Lemaire, ex-joueur des Canadiens de Montréal.
(Photo Médialo — Ronald McGregor)
Jacques Lemaire, ex-joueur des Canadiens de Montréal. (Photo Médialo — Ronald McGregor)

Le légendaire joueur de centre des Canadiens de Montréal, Jacques Lemaire, connaît le lac Labelle depuis près de 70 ans. Il y a vécu dans quelques maisons et le voici de retour malgré le travail, chaque été. Il présidera le tournoi de golf de la Chambre de commerce le 10 août à Nominingue.

Quand on entre dans sa résidence secondaire, il y a l’effluve de bon cigare fumé récemment. L’odeur vite dissipée aux narines, l’ex-joueur nous tend une main large et forte pour saluer L’info qui est accompagné de deux membres de la Chambre de commerce de Labelle, Jean Lalonde et Denis Boulais.

Avec une vue sur le lac Labelle, le tableau est prêt pour l’entretien axé sur la vie de tous les jours d’été de M. Lemaire. En bout de piste, vu la stature et l’histoire publique de l’homme, tout bifurque vers le hockey.

Rapidement, en survol, disons que l’homme a gagné 11 coupes Stanley et a joué au centre pour les Canadiens de Montréal de 1967 à 1979, en plus d’être instructeur pour eux, mais aussi d’autres formations, jusqu’en 2011. Un centre sportif porte son nom à LaSalle, où il est né le 7 septembre 1945. C’est l’une des premières choses qu’il souligne après avoir parlé en bon québécois du travail la veille sur la balançoire du balcon.

Famille enracinée

La famille Lemaire a ses racines au lac depuis les années 50, quand son père bâtit durant les beaux jours de l’année une grande maison pour la famille de neuf.

« Mon père a eu le terrain du gouvernement, parce que les terrains autrefois étaient en location. Il y avait le droit de prendre un terrain et il l’a eu. Mon père avait deux amis de LaSalle. Ensemble, ils ont décidé ensemble de s’acheter un terrain ici. Il y a Guilbeault, qui s’occupait des loisirs à LaSalle, qui est la maison juste de biais, la grosse bleue. Aussi, monsieur Bureau qui était juste en face ici. Puis mon père, juste à côté. Il a bâti une maison avec six chambres », exprime M. Lemaire, verbalement et gestuellement, pointant des maisons de sa causeuse face au lac.

« En 1957, j’avais 12 ans. Je ne me souviens pas de plus loin. Mais on ne venait pas l’hiver. Mon père venait ici à l’automne à la chasse, quand j’ai commencé à jouer junior. J’avais 15 ans quand mon père est décédé. Il est tombé malade ici une semaine. Il voulait finir le foyer avant tout. On a fini le foyer en pierre de champs, puis il est parti. »

Dans les années 70, Jacques Lemaire avait à son tour la maison familiale pour offrir à ses enfants un espace nature loin de la ville.

Labelle – Floride

Jean Lalonde connaît M. Lemaire depuis des décennies. En fait, sa maison était près de celle de la famille Lemaire. Durant l’entretien, M. Lalonde amène des souvenirs à l’avant, dont la présence au lac de nombreux joueurs canadiens-français de l’équipe, dont Guy Lapointe et Réjean Houle.

La maison, qui n’est pas celle où habite M. Lemaire depuis quelques années, était toujours un chalet. Elle a fait le tour de la famille. Sœurs et frères ont acheté ce bijou. Avec sa carrière professionnelle, M. Lemaire s’est trouvé un pied à terre en Floride, plus précisément à Sarasota, qui aujourd’hui s’avère sa demeure principale.

Homme âgé avec air sérieux.
Jacques Lemaire, ex-joueur des Canadiens de Montréal.
(Photo Médialo — Ronald McGregor)

Malgré cela, Jacques Lemaire a possédé d’autres résidences au Québec, notamment dans le secteur du lac Simon en Outaouais pendant 20 ans et une autre au lac Labelle. C’est la troisième au lac d’après le décompte de L’info. Alors c’est la petite vie au lac Labelle? Comment se meublent les journées de M. Lemaire?

« On fait quoi? Y’a toujours de quoi à faire! Comme je le disais, hier, ma balançoire qui était croche. Mais oui, c’est la petite vie. Je ne pense pas que je peux avoir une meilleure vie que celle que j’ai actuellement », chante-t-il. « L’hiver on est au chaud en Floride, puis on vient passer ici les plus beaux mois de l’année. On a hâte de venir ici, mais on a aussi hâte de retourner en Floride. »

Jacques Lemaire souligne que la famille a toujours eu un pied à terre depuis les années 50. Encore aujourd’hui, des membres de la famille se trouvent d’un bout à l’autre du lac. Une fois par an, la grande famille se réunit pour célébrer les joies familiales.

« Cette année, si tout le monde vient, on sera à peu près 104 avec les petits-enfants », souligne Jacques Lemaire.

Puis, la conversation bifurque vers le hockey.

Impossible d’esquiver le sujet

C’est évident que l’ex-joueur de centre du Canadien de Montréal adore parler du sport dont il fut un des joueurs pendant des années. Après tout, 11 coupes Stanley, avoir comme amis et collègues les Lafleur, Cournoyer, Richard, Béliveau, Tremblay, Dryden, Houle, Savard, Robinson, Mahovlich, sans oublier, avoir jouer face à des Howe, Orr, Hull…

La dernière saison du Tricolore est récente en mémoire lors de la rencontre avec Lemaire. L’info, accompagné de M. Lalonde et M. Boulais, grands amateurs de hockey devant l’Éternel, ne manqueront pas de questions. Comment, rondement, Jacques Lemaire perçoit-il le Canadien, lui qui n’est plus derrière le banc comme entraîneur depuis un bout?

Homme âgé en éclat de rire
Jacques Lemaire, photographié sur son balcon au lac Labelle.
(Photo Médialo – Ronald McGregor)

« Aujourd’hui, c’est tellement serré, les équipes sont tellement égales. À un moment donné, ça devient difficile. L’entraîneur, Martin, il fait une job incroyable. Il y a un bon noyau, c’est évident, mais il leur manque encore des joueurs. Mais cette année, je comprends que le Canadien était fatigué. Je vais leur donner ça. Parce qu’eux étaient en 7-7. Là, il frappe une équipe qui est solide défensivement, reposé depuis une semaine. Je pense que même si les deux équipes avaient eu le même nombre de jours de repos, Caroline [les Hurricanes] aurait quand même peut-être gagné. C’est une bonne équipe, car les joueurs sont gros, rapides et bons défensivement, mais pas aussi bons défensivement que Montréal. Mais ils sont capables de marquer quand même », estime M. Lemaire.

Rondelles d’acier

Quand M. Boulais demande à M. Lemaire, comment certains joueurs du Canadien pouvaient avoir des lancers frappés aussi puissants, ce dernier répond.

« Il n’y a jamais personne qui te disait quoi faire ou comment faire. L’entraîneur était souvent là pour dire à quelle heure on joue et à quelle heure on fait ci et ça, puis quand on s’habille, quand on embarque sur la glace, puis quand on débarque. Les entraînements étaient totalement différents. C’était toujours la même chose ou presque des entraînements. […]| Tu sais, souvent, les journalistes me demandent qui était mon meilleur entraîneur. C’est moi », assure-t-il.

Son discours va vers l’entraîneur Scotty Bowman avec qui le Tricolore a gagné des coupes Stanley dans les années 70.

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« Quand j’ai commencé à gagner la coupe, c’était excitant. »

— Jacques Lemaire

« C’est le meilleur gars que j’ai rencontré, que j’ai eu. Il savait qui embarquer sur la glace au bon moment. Il changeait beaucoup les trios. Si ça ne fonctionnait pas, c’est sûr que c’était pour changer. Ça ne restait pas deux, trois périodes, ce n’était pas toujours Lemaire-Lafleur. Son esprit d’analyse était assez aiguisé. Plus que les autres », se souvient-il.

Et les lancers frappés? Comment arrivait-on à avoir de si forts lancers?

« Dans ma jeunesse, je m’entraînais avec des rondelles d’aciers. Dans la cave chez mon père, j’en ai défoncé des murs avec ça! J’ai brisé des murs de bloc. Mon père n’aimait pas ça. Je voyais le dégât que ça faisait et je me suis dit qu’il fallait que je trouve de quoi : j’ai trouvé des bottes de foin. J’ai mis ça un bout, après un tapis en caoutchouc. Même que j’attachais au but, sur une corde assez longue, un récipient vide d’eau de javel. Quand je le frappais avec la rondelle d’acier, ça se promenait de gauche à droite. »

Lafleur

Des questions en rafales, Jacques Lemaire a les réponses. Justement, on se demandait si c’est bien vrai que les joueurs fumaient entre les périodes.

« Lafleur fumait des cigarettes, Mario Tremblay aussi. Savard et moi, des cigares. Ce qui m’étonne, c’est que je n’ai jamais vu Lafleur essoufflé. Ça n’existait pas. Mais lui, il était spécial. Pourquoi? Au début des entraînements, Guy ne s’était pas entraîné de l’été. Rien. Il arrivait, puis il patinait comme le vent. »

Quand on lui demande quel joueur du Tricolore l’a marqué, c’est sans hésitation qu’il dit Lafleur.

« Il partait où il voulait sur la patinoire. Moi, je devais sans doute toujours me tenir aux mêmes endroits. Quand il avait la rondelle et te faisait une passe rapide, souvent tu la voyais arriver à la dernière seconde. Pourtant, il n’a jamais regardé en ma direction avant de faire la passe! Lafleur avait… », dit-il en pausant.

De l’instinct ? lance L’info. « En plein ça », rétorque Jacques Lemaire.

Des coupes

Pour terminer, il faut impérativement savoir comment un joueur de hockey se sent avec 11 coupes Stanley comme héritage.

« Quand j’ai commencé à gagner la coupe, c’était excitant. Les quatre dernières, c’était du travail. Après, on la gagnait, j’étais content, mais jamais comme au début. C’était une job accomplie. J’étais rendu à ce point-là. La seule dont j’ai été le plus content, messieurs, c’est la dernière. Parce que je savais que je m’en allais. Je voulais finir avec une coupe. »

Jacques Lemaire sera au tournoi de golf de la Chambre de commerce de Labelle le 10 août à Nominingue. Allez sur la page Web de la Chambre pour plus d’info.

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