Célébrer la persévérance scolaire

  • Publié le 5 mai 2026 (Mis à jour le 5 mai 2026)
  • Lecture : 4 minutes
Les finissants de l'École des Grands en compagnie de leurs mentors. Photo gracieuseté
Les finissants de l’École des Grands en compagnie de leurs mentors. Photo gracieuseté

Le 2 mai dernier, le Centre collégial de Mont-Laurier accueillait la cérémonie de remise de diplômes de l’École des Grands, soulignant l’engagement et la persévérance des élèves et des mentors ayant participé à ce programme d’aide aux devoirs.

« C’est un moment très spécial, parce que ce ne sont pas les enfants qui ont les méritas de la classe qui sont là, ce sont ceux qui ont de la difficulté. Et c’est souvent la première fois qu’ils sont honorés, la première fois qu’ils sont applaudis dans un contexte scolaire », partage à L’info l’instigatrice du projet, Alisha Wissanji. Il s’est agi d’un moment chargé d’émotion, tant pour les jeunes que pour leurs familles : « J’ai des grands-parents qui arrivent de l’Abitibi pour venir voir ça ! C’est très précieux. »

Cet événement marquant s’inscrit dans une année toute particulière pour l’organisation, qui célèbre son dixième anniversaire avec une participation record à travers la province.

Programme parascolaire d’aide aux devoirs et d’éveil scientifique, l’École des Grands s’adresse à des élèves du primaire issus de milieux défavorisés jumelés à des étudiants du collégial. L’objectif est double : soutenir la réussite éducative des plus jeunes tout en favorisant l’engagement et le développement personnel des mentors.

Concrètement, les activités se déroulent chaque samedi matin de 9 h à midi tout au long de l’année scolaire. Les enfants sont transportés en autobus jusqu’au cégep, où ils partagent un déjeuner avec leurs mentors avant de participer à deux périodes d’aide aux devoirs en français et en mathématiques. L’apprentissage se fait à travers le jeu et des activités pédagogiques adaptées. Une période est ensuite consacrée aux sciences et à l’informatique, durant laquelle les jeunes enfilent sarrau et lunettes pour expérimenter en laboratoire ou s’initier à la robotique.

Dans la région de Mont-Laurier, ce sont des élèves des écoles Sacré-Cœur, Notre-Dame-du-Saint-Sacrement et Saint-Eugène qui ont pris part au programme cette année. Au total, 24 élèves du primaire et 19 mentors du cégep ont participé à cette initiative.

Favoriser l’égalité des chances

Derrière ce projet se trouve Alisha Wissanji, dont le parcours personnel éclaire les fondements du programme. « Il y a cinq générations, ma famille était en Inde. Mes parents sont nés en Afrique, et moi, je fais partie de la première génération née au Québec, à Granby. » Très tôt, elle est confrontée aux inégalités en matière d’éducation. « Quand j’avais huit ans, le ministère de l’Immigration nous demandait si on pouvait être famille d’accueil pour des réfugiés qui quittaient l’Afghanistan à cause de la guerre. On a dit oui, et on a accueilli, comme ça, 250 réfugiés chez nous sur une période de dix ans. »

Cette expérience marquante façonne son engagement. « J’ai grandi avec eux, ce sont des gens très aimants. Je trouvais que c’était complètement injuste qu’un enfant de mon âge n’ait pas les mêmes chances de réussir à l’école que moi. Parce que même si l’éducation était importante pour ses parents, ils n’étaient pas outillés pour l’aider, car ils ne parlaient pas le français. » Elle poursuit : . « Donc j’ai commencé à donner de l’aide aux devoirs à ces enfants-là. J’ai fait ça bénévolement jusqu’à la fin de mon cégep, jusqu’à mes 18 ans. Et à 19 ans, quand j’étais à Montréal pour mes études, j’ai trouvé un peu de sous et, avec ma mère, j’ai ouvert un premier centre d’aide aux devoirs pour enfants québécois issus de pays en guerre à Granby. »

Au fil des années, l’initiative prend de l’ampleur. « De fil en aiguille, en parallèle de mes études et de manière bénévole avec ma famille, on a ouvert 5 centres d’aide aux devoirs au Québec pour enfants québécois issus du pays en gare. On a aidé 800 enfants, et on a engagé 65 profs des commissions scolaires. » Puis, une nouvelle étape s’amorce : « À 30 ans, quand j’ai fini mes études et que j’ai eu mon premier boulot d’adulte, je suis devenue professeure au Cégep Marie-Victorin. J’ai vu dans les données du ministère que c’était un enfant sur quatre qui décrochait du secondaire à Montréal-Nord. Ce n’étaient pas des enfants réfugiés, c’étaient des enfants qui étaient nés ici. Donc, j’ai optimisé 30 ans d’expérience et mon petit frère a appelé ça l’École des grands, parce qu’on allait prendre un enfant par la main et l’amener au Cégep du quartier, recevoir de l’aide aux devoirs. »

Aujourd’hui, le programme continue de croître. « On a commencé ça en 2005. Et aujourd’hui, on est dans le trois quarts des régions du Québec, et aussi en Ontario. À ce jour, on a aidé 5000 enfants et mentors. » Sa mission demeure claire : « La mission de l’école des grands, c’est de contribuer à l’égalité des chances. On veut donner un réel accès à la réussite éducative aux populations vulnérables. On est en prévention du décrochage scolaire. Il faut savoir que, dans les Hautes-Laurentides, c’est un garçon sur quatre qui décroche. »

Des retombées significatives

Les retombées sociales du programme sont également significatives. « Le décrochage scolaire au Québec nous coûte 14 milliards de dollars à la société. Pour chaque dollar qu’on investit à l’école des grands, c’est 1000 dollars qu’on sauve à la société québécoise », affirme Mme Wissanji. « Le décrochage scolaire, ça existe depuis toujours. Mais la bonne nouvelle, c’est que la recherche nous montre que les facteurs qui mènent au décrochage scolaire sont connus dès la petite enfance, en fait. »

Enfin, les bénéfices du programme se reflètent concrètement dans les parcours des participants. « Ce qu’on voit, c’est que les enfants de l’École des grands augmentent leurs notes (…) et nos mentors, les collégiens, eux aussi améliorent différents indicateurs de réussite éducative, comme leur motivation, leur autonomie, leur engagement. Donc c’est gagnant-gagnant. »

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