Léyla Caminel : chercher le trésor

  • Publié le 10 mars 2026 (Mis à jour le 10 mars 2026)
  • Lecture : 4 minutes
Photo Florence Jacob
Photo Florence Jacob

Le 27 février, Léyla Caminel lançait son deuxième EP, L’Eldorado : un microalbum pop-folk lumineux et mélancolique. Entrevue avec l’auteure-compositrice-interprète originaire des Laurentides.

 

Vous habitez Montréal, mais vous avez grandi dans les Laurentides?

Je suis née à Lac-Saint-Paul, j’ai passé toute ma vie là. J’ai fait mon primaire à Ferme-Neuve, puis mon secondaire et mon cégep à Mont-Laurier. J’ai adoré ça, le cégep à Mont-Laurier! Je ne suis arrivée à Montréal qu’à l’université. J’ai encore un grand attachement aux Hautes-Laurentides : ça reste ma région de cœur.

 

Vous avez grandi dans une famille d’artistes, et vous jouez du piano depuis l’âge de 6 ans… Avez-vous toujours su que vous feriez de la musique votre métier ?

Non, ça a été complexe. Ça a été un grand détour. Moi, je suis poisson dans la vie, je suis beaucoup le courant et mes envies. Donc, ça a été quand même un parcours un peu sinueux. Moi, c’est en cinéma que j’ai étudié. J’ai toujours été intéressée par les arts, j’ai toujours su que je voulais être artiste, mais, j’ai beaucoup cherché ma voie (…) J’ai commencé à écrire des chansons à 25 ans, alors que je faisais ma maîtrise en cinéma à l’Université de Montréal sur les chanteurs-acteurs comme Brel, Barbara… Mais la rédaction de mon mémoire ne marchait juste pas. Pendant un an, chaque fois que j’essayais de me mettre à écrire, je me mettais au piano et je chantais. J’ai finalement lâché ma maîtrise et j’ai sorti mon premier EP en 2021. Ensuite, par la musique, je me suis mise à faire du montage vidéo et maintenant, je fais les deux à temps plein. Je me considère un peu comme une artiste pluridisciplinaire : la musique nourrit l’art visuel que je fais, et vice-versa.

Ton processus créatif pour L’Eldorado a-t-il été bien différent de celui de ton premier EP?

Je pense que pour le premier, ça m’a pris beaucoup, beaucoup de temps parce que c’était plusieurs années d’accumulation de textes. Là, j’ai dû être un peu plus rapide pour asseoir les chansons avant d’aller au studio. Il a fallu un travail de synthèse peut-être un petit peu plus… On dirait que l’urgence m’a permis d’aller plus loin. Je vais devoir m’y remettre bientôt, d’ailleurs, parce que j’ai loué le studio au mois de mai. J’ai donc jusque-là pour écrire un album! C’est un peu vertigineux, mais j’ai l’impression que je vais y trouver énormément de plaisir.

 

Pouvez-vous nous parler de L’Eldorado ?

C’est un album de six chansons. L’Eldorado, c’est sur le thème des rêves, du rapport parfois conflictuel avec eux : cette idée de toujours remettre à plus tard nos ambitions, notre bonheur, et que ça n’aboutit finalement jamais. Ça semble banal, mais pour moi, dans ma vie, c’est un enjeu. Il m’arrive de tellement vouloir tout que parfois, ça ne concorde pas, ça n’est pas compatible. Ça parle donc de ce questionnement-là, et nous invite à revenir au moment présent. C’est peut-être ça, au fond, l’idéal : le moment présent. Je me suis questionnée aussi beaucoup sur l’Eldorado, qui est une notion très coloniale, alors que les chercheurs d’or allaient piller les ressources (en Amérique du Sud). Ça semble très beau, cette idée de chercher le trésor, mais c’est en fait très problématique. Peut-être que d’en vouloir toujours plus, ce n’est pas vraiment sain, au final.

 

Quels sont les artistes qui vous inspirent ?

Au niveau visuel, je suis une grande fan de Michel Gondry, qui est cinéaste et qui fait aussi beaucoup d’animation. J’aime beaucoup la naïveté presque enfantine de son univers.

Quand j’étais à l’université, j’étudiais Jean-Christophe Averti, un Français qui faisait de la télé dans les années 60 et qui travaillait beaucoup justement avec des chanteurs-acteurs. Au niveau de la musique, j’écoute beaucoup de chanson française depuis que je suis jeune :  Aznavour, Brel, Barbara, Brassens… La chanson québécoise des années 60, aussi : Pauline Julien, Claude Léveillé. J’ai écouté énormément de Saya Gray, je ne sais pas si tu vas kiffer. Je trouve qu’elle est canadienne, une artiste chanteuse canadienne. C’est vraiment, vraiment hyper original, hyper puissant, je trouve, ce qu’elle fait. J’ai écouté beaucoup de Saya Gray, de Bjork, il y a Willow aussi, qui vient de sortir un nouvel album. Beaucoup d’artistes féminines qui font de la musique que je trouve, très originale, très flyée dans la composition.

 

Est-ce qu’il y a une chanson de ton nouvel EP qui te tient particulièrement à cœur?

Je les aime toutes, mais ma préférée, je crois que c’est Les Filles solaires. On a failli l’enlever, en fait. C’est une chanson qui parle d’espoir et de sororité, de cette compétition entre les femmes qui nous est parfois un peu imposée, alors que je crois vraiment qu’il faut se mettre ensemble. C’est une chanson que je trouve hyper lumineuse, mais que j’ai écrite après une grosse rupture alors que j’étais vraiment au bout du rouleau. Je l’ai écrite très rapidement. Au début, elle était piano-voix, et je la trouvais un peu quétaine, ça ne marchait pas. Finalement, maintenant, elle commence avec presque pas d’instrument : seulement trois voix avec un petit beat derrière. À la fin, j’ai un ami qui a mis de la batterie dessus, et ça amène la chanson complètement ailleurs : mon moment préféré, c’est la fin de cette chanson-là.

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