Politique nationale de soutien à domicile, les bémols des intervenants

Photo: gracieuseté
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L’info a voulu savoir si la politique nationale de soutien à domicile (PSAD), intitulée Mieux chez soi, est bien accueillie par les gens que cela concerne. Particulièrement ici, dans les Laurentides.

L’info s’est entretenu avec Marie Lévesque, responsable de la vie associative et des relations avec la communauté et de la brigade bénévole pour L’Antr’Aidant, cet organisme communautaire qui agit sur l’ensemble du territoire des Laurentides et dont la mission est de contribuer à améliorer les conditions de vie des personnes proches aidantes d’adultes malades, en situation de vulnérabilité ou d’aînés vivant avec une perte d’autonomie physique ou cognitive.

Rappelons d’abord les grandes lignes de la politique annoncée. Selon la ministre, cette politique a pour objectif d’offrir des soins et des services adaptés et mieux coordonnés, de réduire le nombre d’hospitalisations et de préserver l’autonomie des personnes afin qu’elles puissent demeurer dans la communauté de leur choix.

Les trois piliers

La politique s’articulera autour de trois piliers : l’accès aux services par les CLSC, un partenariat avec les entreprises d’économie sociale (EÉSAB) et une allocation d’aide à domicile. « Nous avons fait le choix de miser sur une allocation qui permettra aux gens d’engager eux-mêmes l’aide dont ils ont besoin. C’est une pratique qu’on voit dans les meilleurs systèmes de soutien à domicile dans le monde », soutenait la ministre.

L’allocation d’aide à domicile (AAD)

D’entrée de jeu, Mme Lévesque salue le fait que la question de la proche aidance en contexte de maintien à domicile occupe une place de plus en plus importante dans les priorités du gouvernement du Québec. « Cette reconnaissance témoigne d’une volonté réelle de mieux soutenir les personnes nécessitant des soins ainsi que celles qui gravitent autour d’elles », précise-t-elle.

Elle poursuit en soulignant qu’après avoir effectué, de concert avec le regroupement Proche Aidance Québec, une analyse globale de la politique, ils en sont venus au constat, que malgré les intentions bienveillantes de ce programme, certains éléments sont susceptibles de vulnérabiliser encore davantage des personnes qui le sont déjà, pour qui l’AAD pourrait représenter un fardeau supplémentaire. D’ailleurs, Proche aidance Québec a pu faire part des limites observées au ministère de la Santé et des Services sociaux lors d’une consultation qui s’est tenue le 24 février dernier.

Pour l’organisme, plusieurs aspects demeurent à éclaircir. Rappelons que L’AAD est une compensation financière liée à une prestation de services précise, et non une rémunération de la proche aidance en tant que telle.

« Les personnes qui choisiront de s’en prévaloir assumeront un double rôle : celui d’employeur et celui d’employé. Les obligations qui en découlent, comme la conformité à la CNESST, l’adaptation du lieu de travail, la gestion des feuilles de temps, l’obligation de premiers soins et les nombreuses responsabilités fiscales, représentent un fardeau administratif considérable, qui s’ajoute à une charge déjà lourde », souligne Mme Lévesque.

Elle ajoute que L’AAD étant considérée comme un revenu, elle entraîne la perte du crédit d’impôt pour personnes proches aidantes, ainsi que des réductions potentielles des prestations d’assurance-emploi ou d’aide sociale. « Des zones grises persistent quant aux protections offertes en cas de maltraitance ou de plainte, ce qui pourrait précariser les personnes proches aidantes », souligne-t-elle.

Denis et Lise, cas de figure

L’Antr’Aidant, afin de bien illustrer les limites de l’AAD a dressé un cas de figure. « Imaginons Denis, 76 ans, proche aidant de sa conjointe, Lise, âgée de 74 ans, atteinte de la maladie d’Alzheimer. Ils vivent ensemble dans leur condo et Denis assure déjà au quotidien une présence constante, des soins personnels, une supervision continue et une gestion complète du foyer. S’il souscrit à l’AAD, voici ce à quoi il s’expose. » Elle explique que Denis deviendrait officiellement employeur, et employé. Il devrait ouvrir un dossier à la CNESST, évaluer les risques liés au lieu de travail (leur domicile conjugal) et y apporter les modifications nécessaires, comme des rénovations mineures, tenir des feuilles de temps rigoureuses via l’interface web de l’AAD, être en mesure de prodiguer les premiers soins en cas d’accident, et assumer les responsabilités fiscales qui découlent de son statut d’employeur. À 76 ans, jongler avec ces obligations administratives représente un poids considérable, qui s’ajoute à l’épuisement déjà bien réel de celui qui veille sur sa conjointe jour et nuit. Sur le plan financier, l’AAD étant considérée comme un revenu, Denis perdrait son droit au crédit d’impôt pour personnes proches aidantes, une mesure à laquelle il avait peut-être recours pour compenser une partie de ses dépenses. Si lui ou sa conjointe bénéficient d’autres prestations, celles-ci pourraient également être réduites.

Une mesure à peaufiner

« Notre intention n’est pas de remettre en question les objectifs louables de cette politique, mais de veiller à ce que les personnes proches aidantes disposent de toute l’information nécessaire pour prendre une décision réellement éclairée », précise-t-elle.

Elle souligne que les proches aidants assurent 85 % des soins prodigués aux personnes vulnérables au sein de nos communautés et que leur contribution est précieuse, mais elle s’accompagne souvent de charges physiques, émotionnelles et financières déjà importantes. Chaque situation de proche aidance est unique. Ce qui constitue une opportunité pour l’un peut représenter un risque pour l’autre.

Elle conclut en mentionnant qu’au fil des consultations, il est possible que le ministère de la Santé et des Services sociaux apporte des clarifications ou des modifications à l’AAD.

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