Digue Morier : L’inquiétude demeure à Chute-Saint-Philippe

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La digue Morier demeure une source d’inquiétude à Chute-Saint-Philippe deux ans après l’évacuation, alors que la Municipalité réclame toujours des réponses claires et des garanties concrètes pour assurer la sécurité de sa population.

Deux ans après l’évacuation massive provoquée par l’état jugé préoccupant de la digue Morier, le climat d’incertitude persiste toujours à Chute-Saint-Philippe. En entrevue, le maire, Normand St-Amour, a brossé un portrait marqué par l’anxiété citoyenne, le manque d’information transmise par le gouvernement et un dossier juridique toujours en cours, sans échéancier clair.

L’évacuation, survenue en décembre 2023, avait forcé des centaines de familles à quitter leur domicile de façon précipitée. Selon le maire, les conséquences psychologiques de cet événement se font encore sentir au sein de la population. « Il y a un niveau d’anxiété qui est encore très élevé. Les gens nous demandent constamment si c’est sécuritaire, où on en est rendu, et malheureusement, nos réponses sont limitées », a-t-il expliqué.

La digue Morier, contenant les eaux du réservoir Kiamika, appartient au gouvernement du Québec, une précision sur laquelle M. St-Amour est revenu à plusieurs reprises. La municipalité, a-t-il rappelé, n’a aucune autorité directe sur l’infrastructure, mais demeure en première ligne pour répondre aux inquiétudes de ses citoyens. « L’ouvrage est à 100 % sous la responsabilité du gouvernement. Notre rôle, c’est de nous battre pour que cette responsabilité-là soit assumée pleinement », a-t-il affirmé.

Des documents toujours manquants

Afin d’évaluer adéquatement la situation, la Municipalité a retenu les services d’un ingénieur indépendant. Or, selon le maire, les informations nécessaires à une analyse complète n’ont jamais été entièrement transmises par le ministère de l’Environnement. « Notre ingénieur a demandé des documents précis, des données techniques, des rapports. On a reçu qu’une partie de ce qu’on a demandé, parfois de façon incomplète », a-t-il soutenu.

Cette situation alimente l’inquiétude de la population. Courriels, appels téléphoniques et messages se succèdent à l’hôtel de ville, des citoyens cherchant à savoir s’ils vivent toujours à proximité d’un ouvrage à risque.

Stabilité à long terme

Le maire s’est montré prudent dans ses propos, rappelant qu’il n’était pas ingénieur et qu’il ne pouvait se prononcer sur les aspects techniques. Toutefois, il a reconnu que les informations rendues publiques au cours des derniers mois soulevaient des questions sérieuses quant à l’entretien, à la prévention et au suivi de la digue au fil des années.

« Ce qui semble ressortir, c’est qu’il y aurait eu des manquements. Que ce soit dans l’entretien, dans les tests et dans les suivis. Tout ça soulève des inquiétudes », a-t-il déclaré, tout en évitant de qualifier formellement la situation de négligence.

Selon lui, même si des interventions ont été réalisées sur la digue depuis l’évacuation, rien ne permet encore d’affirmer que les enjeux de fond ont été entièrement réglés. « Ce qu’on demande, ce ne sont pas juste des travaux. On veut un plan clair, validé par des ingénieurs indépendants, qui vont pouvoir dire que la solution est la bonne et qu’elle est durable », a insisté M. St-Amour.

Un recours judiciaire jugé nécessaire

Le maire estimait qu’il s’agissait d’un passage obligé pour faire avancer le dossier. « Le système juridique prend du temps, mais nous, on n’a pas de temps. La sécurité des citoyens est en jeu », a-t-il dit.

La Municipalité continuait donc de mettre de la pression par l’entremise de ses avocats, même pendant la période des Fêtes. « On ne peut pas se permettre de lever le pied. C’est trop important », a-t-il ajouté.

Un message clair au gouvernement

Interrogé sur le message qu’il souhaitait transmettre au gouvernement, M. St-Amour n’a pas hésité. « C’est votre infrastructure. Elle met en péril la sécurité des citoyens de Chute-Saint-Philippe, qui sont aussi des citoyens du Québec. Prenez soin de vos citoyens et assurez leur sécurité », a-t-il lancé.

Il a également demandé que le niveau du réservoir soit maintenu le plus bas possible tant que la situation ne serait pas pleinement réglée, afin de réduire les risques en cas de problème.

Une population en attente

Deux ans après les événements, le dossier de la digue Morier demeurait donc ouvert, complexe et lourd pour une petite municipalité. « Ce n’est pas terminé, malheureusement. On a juste hâte que ça se règle et que nos citoyens puissent dormir l’esprit tranquille », a conclu le maire.

En attendant des réponses claires, Chute-Saint-Philippe continuait de vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête, espérant que les prochaines étapes permettront enfin de tourner la page sur un épisode qui a profondément marqué la communauté.

Du côté de la MRCAL

Dans un communiqué publié le 18 décembre, la MRC d’Antoine-Labelle a indiqué avoir procédé à des vérifications auprès du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs concernant l’état des ouvrages hydrauliques sur son territoire. Selon l’information transmise par le ministère, le barrage Kiamika et la digue Morier feraient actuellement l’objet d’un suivi rigoureux, et la situation serait jugée stable. Des inspections régulières seraient réalisées et des travaux auraient été effectués afin d’assurer la sécurité et la pérennité des infrastructures.

La MRC rappelle toutefois que la gestion, l’inspection et la sécurité des barrages et digues relèvent de la responsabilité du gouvernement du Québec. Se disant attentive en raison du nombre de municipalités situées à l’aval de ces ouvrages, elle affirme demeurer en lien étroit avec le ministère pour assurer une circulation adéquate de l’information. « La sécurité du public est la priorité première de la MRC », a souligné le préfet, M. Daniel Bourdon, précisant que l’organisation est prête à intervenir, au besoin, dans le cadre de son mandat en sécurité civile.

Du nouveau selon le ministère

Le ministère de l’Environnement indique que les travaux effectués en décembre 2023 ont permis de stabiliser la digue Morier, qui se comporte actuellement de façon adéquate et ne présente aucun enjeu de sécurité. De nouveaux instruments de mesure ont été installés et, combinées aux inspections visuelles régulières, les données recueillies confirment la stabilité de l’ouvrage, tandis que des analyses se poursuivent afin d’évaluer si des travaux complémentaires seront nécessaires pour en assurer la pérennité à long terme.

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