Itinérance – errance : la situation est urgente à régler

Guy Duval à la gare de Nominingue. (Photo Médialo - Ronald McGregor)
Guy Duval à la gare de Nominingue. (Photo Médialo – Ronald McGregor)

Guy Duval, travailleur de proximité, vient de déposer un rapport alarmant sur l’itinérance et l’errance dans les rues de municipalités de la Rouge. Il échange sur sa clientèle anonyme et la situation depuis 5 ans.

D’emblée, M. Duval avertit le lecteur en ces termes : « Ce qui est nommé dans ce document est le résultat de mes rencontres et suivis avec ces hommes et femmes. Donc ce sont mes observations, interventions, réflexions et recherches. Nous sommes dans l’observable, le quantifiable et le mesurable. »

Il aborde le sujet de sa clientèle, une quarantaine de personnes, hommes et femmes, qu’il voit quelques jours par semaine.

« Elle se compose d’environ 30% de femmes et 70% d’hommes. L’âge moyen est de 52 ans. Mon client le plus âgé a 73 ans et la plus jeune, 34 ans. Pour ce qui est des femmes, elles sont surtout en situation d’errance alors que les hommes sont en situation d’itinérance temporaire ou permanente. 95% de ma clientèle présentent un problème de dépendance aux drogues de la rue, à l’alcool ou aux prises avec un problème de jeu. »

C’est 80% d’entre eux qui vivent avec un diagnostic de trouble majeur en santé mentale. M. Duval dit avoir rencontré et accompagné 50 personnes en situation d’errance ou d’itinérance.

« La majorité de mes clients ont un grave déficit en ce qui concerne la lecture et l’écriture. Environ 10% d’entre eux ont des problèmes avec le système de justice. »

Formes d’itinérance en région

Il existe diverses formes d’itinérances. Prenons l’itinérance invisible, c’est-à-dire les personnes qui sont temporairement chez de la famille, amis, connaissances. Cette forme apporte de l’insécurité à cause du manque de stabilité que fait vivre la situation. On trouve l’itinérance économique, celle où les gens qui travaillent touchent un revenu insuffisant pour subvenir au coût du loyer.

« Il y a aussi l’itinérance temporaire. Ces personnes sont à la recherche d’un appartement après une éviction ou une hausse importante du coût de leurs loyers. Enfin, l’itinérance de passage où des personnes qui arrivent dans notre région pour une période de 1 à 2 semaines », déplore Guy Duval.

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« Après 5 ans auprès de ces hommes et femmes, pour moi le travail de rue ou
de proximité
est un travail humanitaire. »
– Guy Duval

Soulignons que la majorité de la clientèle de M. Duval touche de l’aide sociale, c’est-à-dire 845$ par mois. La clientèle avec une reconnaissance de contrainte sévère à l’emploi reçoit un supplément de revenu. « Quelques-uns reçoivent des prestations de retraite », ajoute le travailleur de proximité.

La situation économique est aggravée par certaines difficultés banales pour le simple citoyen. Celle, entre autres, d’obtenir des pièces d’identité. N’ayant pas de revenus officiels et un compte de banque, ces personnes sont alors à risque d’être impliquées dans des activités illégales et vulnérables à l’exploitation.

« Après 5 ans auprès de ces hommes et femmes, pour moi le travail de rue ou de proximité est un travail humanitaire. »

L’hiver, une condition brutale

Survivre à l’extérieur l’hiver relève du défi. Guy Duval se voue à trouver de la chaleur à sa clientèle sur la rue, et même dans les bois de Nominingue, Rivière-Rouge et La Macaza.

« À cette date, je suis en mesure d’affirmer que chaque personne en situation d’errance ou d’itinérance dans notre village [Nominingue] a été rencontrée et accompagnée lors des journées de vortex. Personne n’a souffert d’engelures ou de début d’hypothermie. Cependant, dans des abris temporaires, la chaleur oscillait entre 10 et 15 degrés. » C’est en ces termes que s’exprime Guy Duval en relatant le quotidien de sa clientèle.

Deux hommes et un chien
Guy Duval au parc du 22 juin (de la gare) à Rivière-Rouge. Il est accompagné de Patrick et son chien Alpha.
(Photo Médialo – Ronald McGregor)

« L’an passé à Nominingue, personne n’a dormi dehors. Chaque personne avait un plan B pour les nuits très froides. À noter que le conseil municipal me paye 20 heures par semaine pour faire de l’intervention et de la prévention en matière d’itinérance. Ces 20 heures débutent au mois de novembre jusqu’au mois d’avril. Cette année sera ma troisième à Nominingue », précise M. Duval à L’info.

L’itinérance est un processus

Quoi que l’on dise, l’itinérance ou l’errance est un processus, car il s’avère l’aboutissement d’échecs répétitifs, de pertes, de deuils non réglés, comme le dit M. Duval. Des gens vivent avec des problèmes d’adaptation ou des troubles graves de santé mentale.

« Je crois que, la blessure la plus importante que vivent ces personnes, c’est la perte de leur dignité. La dignité est le sentiment sincère et profond que j’ai une valeur et que j’appartiens à un village, une famille, à la société et que je ne suis pas invisible. Chaque jour, ces personnes doivent trouver de la nourriture et un endroit où dormir au chaud et en sécurité. La majorité vit dans la tristesse, la peur, la honte, la jalousie, la colère, la culpabilité et un peu dans la joie », explique le travailleur.

Une clientèle humaine

Beaucoup de gens ont une crainte face à la clientèle de M. Duval. C’est surprenant de voir comme elle est facile d’approche pour la plupart.

« Je crois qu’il est important d’humaniser ces personnes […]. Ces gens ont une histoire, un vécu, on ne vient pas au monde itinérant, on le devient. Il faut écouter l’histoire de ces gens afin de bien les comprendre et de bien les accompagner dans un processus de changement. J’ai rencontré des personnes qui ont travaillé pendant des années. Des personnes ont été en couple et ont eu des enfants. Ces gens ont déjà réalisé des projets, des rêves, ils ont utilisé des capacités et des talents. Ces personnes ont été capables d’aimer une famille, un travail et la vie en général. »

Mais aujourd’hui, ces gens sont en situation de rupture, affirme Guy Duval. En rupture avec la famille, les services sociaux, l’aide médicale, les amis, les employeurs, les citoyens, et oui, avec l’amour.

Se loger

Le gouvernement, comme les gens, reconnaît qu’un logement se doit d’être apaisant, réconfortant et sécurisant. Guy Duval ajoute que si ces critères ne sont pas atteints, la personne qui l’habite est reconnue comme étant itinérante.

« À Rivière-Rouge, le coût des loyers a explosé. Par exemple, un appartement 1 et demi peut se louer à 880$ par mois incluant le chauffage. Pour une personne qui gagne 850$, c’est impossible de se loger. Présentement à Rivière-Rouge, 2 hommes et 1 femme vivent dans des abris temporaires, c’est-à-dire de vieilles roulottes de camping sans eau, électricité et toilette. Ces roulottes sont éloignées du village et cachées par la forêt. Toujours à Rivière-Rouge, nous avons des personnes qui vivent dans des maisons insalubres, augmentant les risques de maladies physiques, les symptômes de maladies mentales et favorisant la consommation excessive de drogue et d’alcool. Ces situations augmentent l’isolement et, pour ces personnes, je suis le seul visiteur qu’ils reçoivent chaque semaine », explique M. Duval.

Comme quoi, venir en aide à ces gens s’avère nécessaire. Aider M. Duval aussi.

Qui est Guy Duval?

« Je suis intervenant en relation d’aide depuis 38 ans. J’ai œuvré pour le ministère de la Santé et des Services sociaux ainsi que pour le centre éducatif des Hautes-Laurentides. J’ai une formation en tant qu’éducateur spécialisé, puis je me suis perfectionné à l’université en santé mentale chez les adolescents et les adultes, ainsi qu’en toxicomanie. Depuis 5 ans, je travaille auprès des personnes en situation d’itinérance, errance et pauvreté dans la région. En tant que travailleur de proximité, j’ai une formation en accumulation excessive et insalubrité. Avant d’occuper ce poste, je n’imaginais pas qu’autant de personnes vivaient en situation d’errance, d’itinérance ou de grande pauvreté à Rivière-Rouge, Nominingue et La Macaza. »

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