Petite histoire de la gare de Mont-Laurier

  • Publié le 2 févr. 2026 (Mis à jour le 3 févr. 2026)
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La gare de Mont-Laurier. Photo gracieuseté Société d'histoire et de généalogie des Hautes-Laurentides.
La gare de Mont-Laurier. Photo gracieuseté Société d’histoire et de généalogie des Hautes-Laurentides.

Nous avons encore la chance, à Mont-Laurier, de posséder quelques bâtiments d’importance patrimoniale significative, majoritairement situés au centre-ville historique (par exemple : le palais de justice, le presbytère, le centre Christ-Roi, le foyer Sainte-Anne, etc.). Toutefois, l’un des bâtiments patrimoniaux les plus importants de la ville se trouve en retrait de ce centre-ville historique, dans un quartier qu’on appelait autrefois le « quartier de la gare », en son honneur.

La gare de Mont-Laurier est inaugurée en 1909, avec un agrandissement en 1927 qui aboutit à sa forme actuelle. Mais son histoire commence bien avant. Dès la période de colonisation, vers 1885, les premiers colons évoquent déjà l’importance d’un chemin de fer, notamment Solime Alix, qui y voit un élément essentiel au développement industriel de la localité alors nommée « Rapide-de-l’Orignal ». C’est toutefois sous l’impulsion du curé Alphonse Génier que le projet débute réellement. Ce dernier sait pertinemment que Mont-Laurier ne connaîtra pas de destin grandiose sans gare.

En 1901, Alphonse Génier commence sa cure à Mont-Laurier et devient le troisième prêtre de la jeune paroisse. Le chemin de fer du Nord, soutenu par le curé Labelle de son vivant, n’a pas avancé depuis près de dix ans, la dernière gare construite sur le tracé étant celle de Labelle, en 1893. Génier, les citoyens de L’Annonciation (Rivière-Rouge) et ceux de Nominingue multiplient alors les démarches pour prolonger le chemin de fer jusqu’aux vallées de la Rouge et du Lièvre, allant chercher notamment les appuis du député Henri Bourassa et du premier ministre Lomer Gouin. Les gares de La Macaza et de L’Annonciation sont construites en 1904, et le train arrive finalement en gare à Mont-Laurier le 15 septembre 1909.

Dès lors, la gare de Mont-Laurier, baptisée gare Duhamel en l’honneur de l’archevêque d’Ottawa dont dépendait la paroisse locale, devient un élément central de la vie lauriermontoise. Ses impacts les plus marquants se situent sans doute au niveau de la colonisation et de l’industrie. Sur le plan de la colonisation, la gare permet à de nouvelles familles de s’installer dans la région, et les sources témoignent d’une forte augmentation des arrivées après sa construction. Du côté de l’industrie, elle offre une voie d’exportation pour les produits locaux et on observe, durant cette période, une multiplication des projets industriels dont les productions sont expédiées par train. Notons également l’impact important du chemin de fer et de la gare sur le développement de l’industrie touristique régionale.

Sur le plan social, la gare est un point de rencontre majeur, un lieu de convergence où de nombreux citoyens et citoyennes peuvent échanger, un peu comme pouvait l’être le parvis de l’église. Elle constitue également un lieu de communication essentiel pour la région : le courrier postal y transite avant d’être distribué et, pour les situations plus urgentes, un service de télégraphe y est disponible. On y retrouve également l’horloge maitresse de la ville sur laquelle on se fie pour fixer les autres.

Promouvoir la culture

La gare de Mont-Laurier. Photo gracieuseté Société d’histoire et de généalogie des Hautes-Laurentides.

La gare joue également un rôle important dans la culture locale. Pendant longtemps, elle est le moyen privilégié pour les artistes de renommée nationale pour se rendre à Mont-Laurier, du moins jusqu’à la construction de la route Montréal–Abitibi en 1940. C’est aussi par train que sont acheminées les bobines de film, qu’il s’agisse de celles projetées, avec l’accord du clergé, à la salle paroissiale ou des films plus « laïcs » présentés au théâtre Laurier de Léopold Florant.

Sur le plan architectural, la gare de Mont-Laurier est construite selon le plan standardisé numéro 10 de la compagnie du Canadien Pacifique. Deux autres exemplaires de ce type sont toujours en existence aujourd’hui, une à Arborg, au Manitoba et l’ancienne gare de Champlain au Québec, convertie en résidence privée. La gare de Mont-Laurier demeure toutefois unique en raison des modifications apportées en 1927. Son style architectural est typique des constructions du CP de l’époque, soit le pittoresque canadien, un style alliant simplicité structurelle et ornementation généreuse.

Ainsi, la gare de Mont-Laurier demeure l’un de nos bâtiments patrimoniaux les plus significatifs. D’une part, par son style architectural unique, dont les seuls autres représentants ont disparues ou ont été modifiés de diverses façons. D’autre part, par son impact historique majeur sur le développement de Mont-Laurier et de ses différents secteurs d’activité.

Par Yohan Desmarais, Société d’histoire et de généalogie des Hautes-Laurentides

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